Les astéroïdes, matière première de la conquête du système solaire

Eau, platinum et autres minerais, terres rares… Il y a quelques mois, le consortium Planetary Resources promettait la conquête des astéroïdes et leur exploitation minière. Le projet présenté fin avril 2012 et soutenu par James Cameron et les dirigeants de Google, faisait penser à un film de science-fiction. Fin août, il recevait ses premiers fonds russes. Planetary Resources est-il une grosse arnaque, ou juste en train de nous ouvrir les portes du système solaire ?

Le carburant de la conquête du Système solaire

Une colonie spatiale ne peut être auto-suffisante. Plus largement, toute économie à l’échelle du système solaire basée sur des ressources prélevées sur Terre serait condamnée. Pour autant, il serait hors de question de ponctionner les ressources d’une planète déjà asphyxiée par l’appétit vorace de ses habitants pour alimenter des colonies spatiales, quand bien même les coûts de mise en orbite baisseraient spectaculairement. Surtout quand un trésor d’une valeur inestimable vous tend les bras, dans tout le système solaire interne et plus particulièrement à mi-chemin entre Mars et Jupiter, dans la ceinture d’astéroïdes.

Crédit : Planetary Resources Ltd

Les astéroïdes sont principalement composés de roche et de métal. Ils peuvent faire de quelques mètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Ce sont les restes d’une planète "ratée" ayant pris la forme d’une ceinture tournant autour du Soleil entre Mars et Jupiter. Mais certains de ces restes orbitent un peu partout dans le système solaire, y compris près de la Terre. de longueur.  Ce sont ces "objets géocroiseurs" que Planetary Resources rêve d’aller cueillir. Parce qu’il y a un paquet d’argent à la clé, bien sûr, mais aussi parce que c’est le seul moyen pour l’humanité de vivre durablement dans l’espace en préservant la Terre.

"Near-Earth asteroids really are the low-hanging fruit of the solar system.” Eric Anderson, co-fondateur de Planetary Resources.

Un doux rêve ?

Mais ne rêvons pas : d’une part, à moins de construire un jour un ascenseur spatial, l’exploitation minière des astéroïdes ne servira jamais à résoudre la crise énergétique qui sévit sur Terre. L’espoir se situe plutôt dans des solutions du type de l’énergie solaire spatiale.

D’autre part, la rentabilité et la faisabilité même de l’exploitation minière d’un astéroïde sont encore à prouver. La difficulté d’une telle entreprise (ici dans le cas du platine) pourrait en effet décourager plus d’un investisseur.

La tactique des sauts de puce

Peter Diamandis – Getty Images

Si Planet Resources avait été la première startup venue, le projet mis en avant aurait pu faire sourire. Mais quand la liste des invités à bord compte des ex-ingénieurs de la NASA, les dirigeants de Google dont Larry Page, James Cameron et Peter Diamandis, le fondateur de la X-Prize Foundation, on se sent obligé de tendre l’oreille. Phil Plaits explique sur son blog "Bad Astronomy" comment il s’est laissé convaincre par l’aventure proposée.

Dans une interview accordée à Slate, Chris Lewicki détaille les étapes envisagées par Planetary Resources avant de finir par exploiter les richesses d’un astéroïde. Le consortium prévoit d’abord de petites missions à l’ambition modeste : construction de télescopes pour détecter les cibles potentielles, envoi d’une sonde vers un astéroïde géocroiseur, retour d’échantillons : au fil du temps, l’importance et le coût de ces missions est amené à augmenter, sans jamais perdre de vue l’objectif final du programme : s’assurer de l’existence des ressources indispensables à la présence permanente de l’Homme dans l’espace.

Les étapes suivantes du programme de Planetary Resources incluent la recherche par des robots d’éléments dits "volatiles", indispensables à la survie de colonies spatiales : eau, oxygène, azote. D’ici 2020, Planetary Resources espère vendre des stations de ravitaillement placées en orbite terrestre basse ou à des trajectoires clés les amenant régulièrement à s’approcher de la Terre. Ils contiendraient notamment de l’eau qui, séparée en oxygène et hydrogène liquide, fournirait du carburant pour vaisseaux spatiaux. L’eau est en effet un élément lourd et incompressible, très difficile à lancer depuis la surface terrestre.

Les robots chercheront ensuite des matériaux plus lourds : les fameuses terres rares, que l’ont utilise aujourd’hui dans nos batteries, l’électronique de pointe et le secteur médical et des métaux du groupe du platine (ruthenium, rhodium, palladium, osmium, iridium et, donc, le platine).

A terme, il sera possible, pour certains astéroïdes, de se passer du voyage. Une étude récente du Keck Institute for Space Studies (KISS) montre qu’il serait parfaitement possible, en utilisant des technologies existantes, de ramener un astéroïde vers l’orbite terrestre et d’en exploiter les ressources sans avoir à y envoyer une coûteuse expédition, habitée ou non.

Un astéroïde riche en platine d’un diamètre de 500m peut contenir l’équivalent de tous les platinoïdes extraits depuis le début de l’humanité. Source : nasa.gov

Économiquement viable ? Suivez l’argent

"Les investisseurs ne prennent pas leur décision à partir d’un business plan ou d’un retour sur investissement. Leur décision repose sur notre vision". Chris Lewicki, ex-ingénieur de la NASA.

Le caractère extrêmement progressif du programme de Planetary Resources implique qu’il n’aura pas besoin d’investissements énormes pour démarrer, et c’est un atout aux yeux des investisseurs. Malgré cela, depuis la présentation de ce programme en avril dernier, certains doutent de la faisabilité de l’aventure, de sa rentabilité, quand ils ne vont pas jusqu’à douter de sa légalité.

Ils auraient du se demander pourquoi des dirigeants de Google, Larry Page et Eric Schmidt, se lançaient à corps perdu dans l’aventure. A leur yeux , la création d’un économie "outre-planète" est un projet non seulement réalisable avec des moyens adéquats mais aussi nécessaire. Depuis, des milliardaires ont rejoint le bateau dont un "top 10" de l’industrie minière. A ceux-ci sont venus s’ajouter fin août 2012, des investisseurs russes. Ces derniers étaient peut-être allés se promener sur asterank.com, un site qui recense la valeur de quelque 580 000 astéroïdes du système solaire en fonction de leur composition.

L’argent, donc, coule à flots. Et côté ressources humaines, on se dégonfle ou ça se bouscule à la porte ? Là aussi, Planetary Resources a des problèmes de riche : moins de trois semaines après le lancement du projet, l’entreprise a annoncé qu’elle cherchait quelques personnes qualifiées. Les RH ont reçu des milliers de candidatures et ont du fermer le recrutement. Mineur d’astéroïdes, un vrai job d’avenir.

Pour aller plus loin

- Étude de faisabilité d’une mission habitée vers un astéroïde, sur le site nasaspaceflight.com

- Exploiter un astéroïde : les grandes étapes, sur PopularMechanics et une infographie complète sur Space.com :

Source : Karl Tate / Space.com

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2 réponses à Les astéroïdes, matière première de la conquête du système solaire

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