La solution à la crise énergétique peut-elle venir de l’espace ?

Que l’énergie nucléaire se relève ou pas de la catastrophe de Fukushima, le débat autour de nos choix énergétiques ne peut plus, ne doit plus retomber. Certaines solutions, jadis jugées irréalisables, sont aujourd’hui passées au stade de l’étude. C’est le cas du solaire spatial.

L’énergie solaire est l’une des solutions favorites des écologistes. Cela tombe bien : le soleil nous fournit gratuitement une énergie illimitée et gratuite. Mais collectez cette énergie directement depuis l’orbite terrestre et c’est un flux continu de 5 à 10 gigawatt qui vous tombe du ciel.

Installez des cellules photovoltaïques sur votre toit et vous pouvez générer toute l’électricité dont vous avez besoin…quand le soleil brille. Car les nuages et la nuit font de l’énergie solaire une solution à temps partiel. Elle ne permet pas de satisfaire les besoins des zones densément peuplées et des industries. Dans les pays développés, une réduction de notre consommation et un changement radical de mode de vie, drastique mais de toutes façons nécessaire, peut permettre de faire du solaire une solution complémentaire. Mais dans les pays en développement, cela ne sera pas suffisant. La demande en énergie sera tellement énorme qu’une solution radicale doit être trouvée.

Pour autant, tout n’est pas perdu pour le solaire. Son avenir pourrait bien se trouver un peu plus haut que votre toit. Quelques centaines de kilomètres plus haut, pour être plus précis. Il existe un moyen d’exploiter l’énergie solaire 24h/24, chaque jour de l’année. Tout ce que vous avez à faire est de placer vos panneaux solaires dans l’espace, à des orbites où ils seraient toujours éclairés par le soleil.

Arthur C. Clarke a écrit un jour au sujet de la technologie que toutes les nouvelles idées passent par trois phases : c’est totalement impossible ; c’est probablement réalisable mais ça ne servirait à rien ; j’ai toujours dit que c’était une bonne idée.

Le concept de centrale solaire orbitale a été inventé par Peter Glaser en 1968. L’idée est relativement simple : construire de grands ensembles de cellules photovoltaïques en orbite. Elles convertissent la lumière du soleil en électricité, électricité qui est ensuite envoyée sous forme de rayon vers des stations construite au sol.

Ben Bova, président émérite de la National Space society, est l’un des plus fervent avocat du solaire spatial. Il a été jusqu’à décrire dans un roman, Powersat, comment Dan Randolph, un sorte de Richard Branson ou Elon Musk de fiction, décide de mettre toute son énergie et sa fortune dans le solaire spatial. Pour Ben Bova, une seule centrale solaire orbitale pourrait fournir « jusqu’à 5 à 10 gigawatts au sol, soit deux fois la capacité d’un état tel que la Californie, pour des coûts d’exploitation minimes et au prix de dix à douze centimes par kilowatt/heure ». Si un pays comme les États-Unis choisissait de remplacer la totalité de leur parc automobile par des véhicules électriques, quelques centrales en orbite suffiraient.

Les centrales solaires spatiales, aussi grandes qu’elles puissent être, ne relèvent pas d’une technologie hors de notre portée. Nous utilisons déjà des cellules photovoltaïques depuis les années 50 pour alimenter en énergie les engins que nous envoyons dans l’espace. Quant à la technologie nécessaire pour renvoyer l’énergie au sol, des transmetteurs à micro-ondes, elle a déjà envahi nos cuisines.

Le "Solarbird" de Mitsubishi. Crédit : Mitsubishi Electric

L’ironie, c’est qu’en accueillant les installations nécessaires au sol, les vastes étendues désertes du Sahara et du Moyen-Orient pourraient devenir d’important centres énergétiques au moment où les réserves de pétrole viennent à se tarir.

Mais des plateformes pourraient également être construite en mer, comme l’envisage le Japon. Les autorités japonaises n’ont d’ailleurs pas attendu l’accident de Fukushima pour lancer en 2009 leur projet de centrale en orbite à l’horizon 2030. Et il ne s’agit pas que d’un vœu pieux puisque l’agence spatiale nipponne, la Jaxa, annonçait en janvier dernier que des tests débuteraient dès ce printemps. L’Europe, encore marquée par les difficultés rencontrées sur le projet de concurrent au GPS américain, Galileo, aurait là une occasion rêvée de prendre l’initiative en matière énergétique.

« The man who says it can’t be done is generally interrupted by someone doing it. » Elbert Hubbard

Problème : il s’agit de construire de très grandes structures en orbite, bien plus grandes que la Station spatiale internationale, qui est déjà de la taille d’un terrain de football. Il faudra également inventer un moyen de faire baisser le coût de l’envoi du matériel en orbite, soit par des fusées moins gourmandes en énergie, soit en utilisant des techniques relevant encore de la science-fiction. Enfin, le projet pourrait décourager les investisseurs car il risquerait de ne pas s’avérer rentable avant de nombreuses années.

Ben Bova, qui a construit son succès d’écrivain en voyant généralement plus loin que la majorité, estime qu’il serait moins coûteux de construire ces gigantesques panneaux solaires à partir de silice, d’aluminium et autres matériaux directement extraits… sur la Lune : puisque la gravité y est moindre, il est plus facile et moins cher d’envoyer des charges en orbite et de les acheminer autour de la Terre que de les arracher péniblement à l’énorme attraction terrestre. Il y a ceux que cela fait sourire et il y a ceux qui, comme la start-up californienne Moon Express, sont quasiment prêts à vous fournir le véhicule ou qui, comme Harrison Schmitt, l’un des derniers astronautes à avoir posé le pied sur notre satellite, ont déjà défini leurs plans d’exploitation minière.

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3 commentaires pour La solution à la crise énergétique peut-elle venir de l’espace ?

  1. Ping : Les astéroïdes, matière première de la conquête du système solaire | Spatiales

  2. Quidam dit :

    Il suffit de réfléchir posément un moment pour se rendre compte qu’il s’agit de la seule voie d’avenir globale pour la consommation énergétique de notre civilisation. Source illimitée, durable, aucune émission polluante. Rappelons que les panneaux solaires au sol ne produisent qu’a 50% du temps (de jour) et nécessite des installations multiples à petit rendement, que le charbon comme le pétrole ne sont que de l’énergie solaire stockée dans le sol sous forme liquide ou solide (déchets organiques) ce qui alimentent, guerres et rivalités et nécessite une gigantesque et couteuse organisation de l’acheminement (pipe-line, pétroliers, camions, stations de distribution sur tout le territoire). La centrale solaire orbitale est, et de loin, la meilleure solution qui s’offre à nous. Reste à régler les financements (les nations n’auront bientôt plus d’autres choix les réserves fondent à vue d’oeil) et l’aspect technologique (les programmes US, japonais et européens avancent).

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