Huit raisons de retourner sur la Lune

Comme envoyer une sonde vers Mars a l’air d’être vraiment compliqué (et ça l’est), sans parler d’une mission habitée, les agences spatiales n’auraient-elles pas intérêt à s’entraîner plus assidûment sur un terrain plus à leur portée ? Tour d’horizon des arguments en faveur d’un passage par la case « Lune ».

Parce que c’est l’étape naturelle et nécessaire avant Mars

L’annulation du programme Constellation, qui prévoyait d’installer une base lunaire dès 2020 avant de se tourner vers Mars, laisse a priori les Chinois seuls dans la course à un retour sur la Lune. Car le nouvel objectif de l’administration Obama est clair : se poser sur un astéroïde dans les années 2020, puis sur Mars dans le courant de la décennie sur Mars.

Il y a pourtant des tas de raisons de préférer la Lune comme étape avant un voyage vers Mars. Tout ce que nous apprendrions en construisant une colonie lunaire augmenterait nos chances de succès en vue d’une ambition similaire sur la planète rouge. En termes de protection contre les radiations, de gravité artificielle, de vie dans un environnement hostile et sans possibilité d’être immédiatement secourus…

Parce que c’est la porte à côté

A un peu moins de 400 000 km de la Terre, la Lune est notre proche banlieue, au point que certains la considèrent comme notre sixième continent. Contrairement à un voyage vers Mars, pour lequel beaucoup d’incertitudes demeurent, des vols de ravitaillement très réguliers sont envisageables et il possible d’organiser une mission de secours pour des astronautes coincés sur la Lune tandis que, sur Mars, ils seraient irrémédiablement condamnés.

De plus, la proximité de la Lune permet de partir à peu près quand on veut. Mars tourne deux fois plus lentement que la Terre autour du Soleil et, pour économiser du temps et du carburant, vous êtes obligés d’attendre que la planète rouge soit au plus près de la Terre pour y lancer votre vaisseau. Avec la Lune à trois jours de vol quelque soit la période du lancement, vous pouvez reporter votre départ de quelques jours, pour des raisons de sécurité par exemple, sans condamner toute la mission.

Côté prix, une mission avec alunissage coûterait ainsi 87 millions d’euros pour un lanceur Ariane 5. Au final, pour de longs séjours, la production de ressources in situ par la collecte d’oxygène, d’eau et d’autres matériaux pourraient même rendre la destination Lune moins onéreuse et plus rentable que des stations ou des hôtels orbitaux.

Parce que des jeux olympiques y seraient impressionants

Les sports lunaires auraient tout pour être télégéniques. Trampoline, plongeons, gymnastique, pour ne citer qu’eux, susciteraient une forte curiosité sur Terre.

Concept de stade olympique lunaire par les architectes Brian Harms et Keith Bradley

Bon, par contre, les remontées mécaniques, c'est pas encore ça.

Pour y observer l’univers sans pollution lumineuse

Sur la face cachée, les astronomes pourraient observer un ciel sans aucune perturbation, ni atmosphérique, ni ondes radio. De l’autre côté, ils pourraient observer la Terre comme aucun satellite ne pourrait le faire.

Observatoire lunaire / Image NASA

Pour y installer une « sauvegarde » de l’humanité

Une colonie lunaire dans laquelle serait installée une banque de gènes augmenterait les chances de survie de l’espèce humaine. Mais le simple fait de quitter notre berceau, aussi près la Lune soit-elle, serait déjà une chance supplémentaire de devenir immortels.

Pour y passer ses vacances

Chambre d'hôtel sur la Lune imaginée par les architectes Brian Harms et Keith Bradley

Pour ses richesses minières

La Lune est déjà un enjeu politique et économique : pour de nombreuses entreprises du secteur privé, la course aux richesses de la Lune a déjà commencé. Ces entreprises s’appellent Moon Express ou ___. Leur business plan est déjà bien défini – à défaut d’être rodé – et les obstacles posés par les conditions qui règnent sur la Lune, s’il ne sont pas encore surmontés, ne leur font pas peur. . Il ne s’agit pas de partir bille en tête à la recherche d’hélium-3, abondant sur la Lune mais pour lequel nous n’avons pas encore d’application pratique. Ces entrepreneurs ont surtout en tête les ressources en métaux du groupe des platines et en terres rares, également présents en masse sous le sol de notre satellite.

Or, on pouvait penser, il y a quelques années, que les investisseurs ne se jetteraient à l’eau que lorsque certaines ressources indispensables sur Terre viendraient à manquer et lorsque seraient résolus. Mais des hommes tels que Barney Pell, PDG de Moon Express ou . Attention toutefois : la question de mines sur la Lune ne va pas sans poser de questions juridiques. Vous pouvez exploiter un lopin de Lune, mais sûrement pas l’acheter.

Pour autre chose qu’un simple planter de drapeau

Récemment, des anciens astronautes américains du programme Apollo (Neil Armstrong, Gene Cernan, et James Lovell) se sont émus de l’annulation du programme Constellation par l’administration Obama. Un programme initié par George W. Bush en 2004 qui ne faisait pourtant guère l’unanimité de part les moyens réellement mis en œuvre. Difficile de ne pas aller à l’encontre des arguments de légendes vivantes, trois parmi les douze seuls êtres humains à avoir jamais posé le pied sur un astre autre que la Terre. C’est pourtant ce que faisait Dennis Wingo, spécialiste du développement économique par l’espace, dans une lettre ouverte aux trois héros en juin dernier. Pour lui, le temps où l’on justifiait la conquête spatiale par la nécessité de rassembler le peuple en des temps difficiles est révolu :

Nous qui appartenons à la nouvelle génération d’avocats de la conquête spatiale, designers, architectes, ingénieurs, voyons le programme Apollo d’un autre regard que celui de ces vétérans. Ils le voient comme un vol héroïque vers l’inconnu qui a renforcé la cohésion de la nation dans une période de troubles et ils espèrent qu’un vol vers Mars pourrait avoir le même effet aujourd’hui.

A nos yeux, le plus grand apport d’Apollo furent les roches qui revinrent de là-haut et qui nous ont donné une idée des ressources que renferme la Lune, ainsi que de la façon dont elles pourraient être exploitées pour faire naître une civilisation interplanétaire, pour le bénéfice des peuples de la Terre. Une virée sur Mars pour la gloire serait l’antithèse d’un tel objectif, en ce sens qu’il assigne des ressources à un énième coup politique sans laisser la moindre infrastructure perdurer au-delà de l’orbite basse terrestre

Cette mentalité à la « Kilroy était ici », pour reprendre l’expression de Wernher Von Braun, est peut-être le meilleur moyen de remettre rapidement le pied sur notre satellite. Mais ce n’est pas la plus « durable ». Et vous, voyez-vous d’autres raisons de retourner sur la Lune ? Ou bien faites-vous partie des « Martiens » qui estiment qu’il n’y a rien à faire sur notre satellite et que la planète rouge est le seul corps digne d’intérêt de notre système ?

Cet article, publié dans Lune, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Huit raisons de retourner sur la Lune

  1. Marc dit :

    Je me disais bien que le sujet avait forcément été retraité. Je me permets donc de signaler un autre commentaire : https://spatiales.wordpress.com/2011/06/18/la-lune-enjeu-geopolitique-et-economique-de-plus-en-plus-credible-2/#comment-28

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s