Visiter des astéroïdes… pour y rester ?

Rêvez de colonies sur Mars ou de cités flottantes sur Vénus, il y a toujours un scientifique pour vous ramener sur Terre. Fabienne Casoli, responsable des programmes et de l’exploration de l’univers du CNES, le fait avec un logique implacable. L’astrophysicien André Brahic avec un humour tout aussi dévastateur. Il ne vous reste que la Lune – où plus personne ne veut aller – ou les astéroïdes – où l’on veut aller, mais pas pour les meilleures raisons.

Lors du dernier « Mardi de l’espace » du 17 janvier dernier consacré à l’exploration du système solaire (voir le compte-rendu sur Storify), Fabienne Casoli n’a pas dit qu’avec les technologies actuelles, nous étions incapables d’aller sur Mars. Elle a simplement souligné un détail malheureux : nous sommes pour l’instant incapables d’en redécoller. Et c’est la même chose pour les robots : les missions de retour d’échantillons de roches martiennes devant succéder à Exomars sont un doux rêve. Comment renvoyer une sonde en orbite depuis la surface martienne, sans parler d’une fusée habitée et tout son chargement ? Les plus audacieux accepteront l’idée d’envoyer des Hommes sur Mars pour un aller simple. Mais l’histoire de la conquête spatiale nous enseigne que, pour les responsables de missions habitées, ramener l’équipage sain et sauf est au moins aussi important qu’arriver à bon port et que remplir les objectifs de mission.

Dans de telles conditions, parler d’une mission sur Vénus est encore plus invraisemblable. Pour André Brahic, les conditions de température et de pression à sa surface ne donneraient que quelques minutes peut-être quelques heures à la plus solides des sondes que nous enverrions. Alors en décoller…

Les astéroïdes, la véritable nouvelle frontière ?

Pour établir des colonies dans le système solaire, reste la Lune et les astéroïdes. Excluons le système solaire externe – pour longtemps hors de notre portée – et Mercure, une cousine de notre Lune en moins bien, la nôtre ayant au moins quelques attraits.

Pour l’instant, les projets consistant à envoyer des hommes visiter des astéroïdes ont trois principaux objectifs : mieux comprendre la formation du système solaire, comprendre les risques de s’en prendre un sur le crâne et tester la capacité des astronautes à supporter les longs vols habités. Sous l’impulsion de l’administration Obama, c’est le nouvel objectif donné à la NASA : envoyer un équipage sur un astéroïde dans les 15 prochaines années. Or, à ce jour, seuls des robots sont allés explorer la ceinture d’astéroïdes. Cet anneau d’objets tourne autour du soleil entre les orbites de Mars et de Jupiter et compte des millions d’objets dont la taille varie du grain de poussière à celle d’une planète naine telle que Cérès, en passant par l’astéroïde géant Vesta, autour duquel tourne la sonde Dawn depuis plusieurs mois. Une sonde japonaise, Hayabusa, a même pu collecter quelques grains d’un astéroïde et les ramener sur Terre. Et pour cause : redécoller d’un tel corps est tellement facile qu’une pichenette peut suffire.

Mais s’il est plus facile d’échapper à l’attraction d’un tel corps, contrairement à Mars, il n’est en revanche pas aisé de s’y poser. On parlerait même plutôt de « s’arrimer » à un astéroïde tant la gravité y est faible et la chance d’en « rebondir », forte.

En plus de représenter de réelles difficultés, la mission donnée à la NASA a le défaut de ressembler davantage au programme Apollo qu’à une entreprise de colonisation pensée sur le long terme : l’astéroïde conquis ne serait ici un trophée de chasse, tout juste bon à prouver la capacité de l’agence américaine à mener une telle mission, sans avoir l’assurance de récolter plus de fonds pour autant.

La ceinture d’astéroïdes, à la fois clé et coffre-fort du système solaire

C’est dommage car, en admettant que l’avenir contredise Fabienne Casoli et que des colonies poussent sur Mars comme des champignons, ses habitants auront besoin de ressources dont beaucoup manquent à la planète rouge et qui coûteront trop cher à acheminer depuis la Terre. Ces ressources, minières notamment, la ceinture d’astéroïdes en regorge. En réalité, il serait tout simplement impossible d’envisager toute colonisation du système solaire sans penser à exploiter les ressources minières des astéroïdes.

Complètement excavés, les astéroïdes pourraient devenir de comfortables terriers tournant sur eux-même pour y simuler une gravité artificielle. Rustre mais solide.

Dans cette entreprise, la planète naine Cérès jouerait un rôle déterminant à cause de sa situation – au cœur de la ceinture d’astéroïdes, à 2,7 unités astronomiques (UE) du Soleil – et pour son intérêt logistique. C’est le seul corps de la région qui possède une gravité assez forte (3 % de celle de la Terre, tout de même !) pour pouvoir y cultiver quelque chose et c’est un corps riche en eau. Et, là aussi, inutile de construire des colonies minières si vous comptez sur la Terre, trop lointaine, pour y acheminer eau et nourriture.

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