Avant le lancement de l’ATV 3, l’ESA pense aux vols habités

Le 23 mars prochain, l’ATV 3 baptisé du nom du physicien italien Edoardo Amaldi, doit être lancé par une Ariane 5 ES depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane. Mais l’Europe pense déjà à son successeur qui, lui, pourrait être habité.

Ce cargo spatial non habité ravitaillera la Station spatiale internationale (ISS). Ce vaisseau spatial constitue une partie de la contribution de l’Agence spatiale européenne : comme tous les partenaires internationaux, elle participe sous forme de paiement en nature au fonctionnement d’ISS, jusqu’à valeur équivalente à sa part, soit 9 % du coût total d’entretien de la station. L’Europe apporte également le laboratoire scientifique Colombus et le bras robotique ERA.

Tous les partenaires souhaitant utiliser ISS doivent participer à son fonctionnement. Or, l’ESA a terminé la production de ses ATV. Pour compenser, elle envisage d’autres formes de coopération. Parmi celles envisagées figure la construction d’un vaisseau spatial habité.

Fournir à la NASA une version évoluée de l’ATV

Futura sciences signalait en janvier que la NASA et l’ESA discutaient de la manière dont l’Europe pourrait contribuer au fonctionnement d’ISS au-delà de 2017. Ainsi, Jean-Jacques Dordain, président de l’agence européenne, proposait lors du salon du Bourget de développer un module à partir de l’ATV en vue d’en faire un élément du futur vaisseau spatial Orion de la NASA.

Dans sa version actuelle, la capsule Orion de la NASA est à peine plus grande que la capsule Apollo développée dans les années 60. Pour un voyage de trois jours vers la Lune, inutile de prévoir plus grand. En revanche, pour des trajets au-delà du système Terre-Lune (Points de Lagrange, astéroïdes, Mars…), les astronautes auront besoin de place. D’où l’idée d’ajouter à la capsule Orion un espace supplémentaire afin de constituer un « train spatial ». Ce module serait garé en permanence en orbite, sans jamais redescendre au sol, le rendant utilisable plusieurs fois. Il attendrait les astronautes en orbite martienne, par exemple, pendant que les astronautes exploreraient sa surface.

La NASA se trouve en pleine tourmente budgétaire : le congrès s’apprête à tailler dans son programme d’exploration de Mars. La perspective d’une telle coopération permettrait à la NASA d’économiser sur le développement d’un module complémentaire à Orion en le confiant aux Européens. Ce serait un signal fort de la part des Américains, après qu’ils aient abandonné leur projet de coopération avec les Européens sur la mission Exomars prévue en 2018. Pour autant, la tendance en Europe n’est pas non plus aux dépenses folles et, à l’ESA, la perspective de faire de l’ATV lui-même un module habité a été abandonnée depuis longtemps. La récente histoire de la coopération américano-européenne en matière spatiale incite donc à la prudence.

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3 commentaires pour Avant le lancement de l’ATV 3, l’ESA pense aux vols habités

  1. enture dit :

    Ainsi donc, le projet ARV est bel et bien enterré? Hm… je ne suis qu’à moitié surpris, mais ma déception n’en est pas moins grande. Combien de temps faudra-t-il encore aux dirigeants européens pour comprendre l’importance du vol habité? Nous avons l’uns des meilleurs sites de lancement au monde, les fusées parmi les plus fiables, un vaisseau « facilement » adaptable au vol habité (l’ATV), et la technologie nécessaire à la rentrée atmsphérique (depuis 1998 au moins avec l’ARD, sans parler de l’IXV que Vega devrait bientôt lancer…)
    …et pourtant, on n’est guère plus près de voir un vol habité partir depuis Kourou que nous ne l’étions dans les années 80, quand le projet Hermès a été lancé!

    Bref…

    En janvier il me semblait avoir compris que l’ESA envisageait de concevoir un « simple » module de service, chargé de transporter le carburant et le fret des futures missions Orion, ce qui à mon avis n’est pas assez ambitieux.
    Mais s’il s’agit de construire un véritable module d’habitation pour les futurs grands vols d’exploration, alors là l’idée est très intéressante, et pourrait véritablement apprendre beaucoup de choses au spatial européen! C’est donc bien de cela qu’il s’agit?

    • Vincent dit :

      Non seulement le projet ARV est enterré, mais celui mentionné ci-dessus aurait également du plomb dans le panneau solaire.

      Sous impulsion française, l’ESA s’oriente vers la construction d’un successeur à l’ATV, l’APEX capable de faire plus que « simplement » ravitailler ISS. Comme le mentionne cet article de la Space Review :

      The APEX could be useful for future international spaceflight missions. It could help to assemble spacecraft in Earth orbit for lunar or Mars exploration missions. Its technologies could also be used in Martian orbit to retrieve samples collected from the surface of the Red Planet by future missions.

      NASA would rather that ESA contribute to developing its Orion Multi-Purpose Crew Vehicle (MPCV), but France will reject this option since it will not spur sufficiently innovation in Europe.

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