L’exploration de l’espace est une affaire d’Homme

Il serait aujourd’hui communément admis qu’en matière d’exploration spatiale, les robots ont gagné la bataille du coût et de l’efficacité contre le vol habité. Cela n’empêche pas d’indécrottables soutiens de l’Homme dans l’espace de continuer à espérer la fondation d’avant-postes dans le système solaire. D’autant plus lorsqu’ils sont rejoints dans leurs arguments par des scientifiques convaincus de la supériorité de l’Homme sur la machine.

Pourtant, la conjoncture actuelle ne prête guère à l’optimisme pour les inconditionnels du vol spatial habité. La navette spatiale est à la retraite, Barack Obama a mis à la corbeille les plans américains de base lunaire, et l’exploration de Mars est renvoyée sine die. Nous assisterions peut-être même au début de la fin des vols spatiaux habités. Quant à l’Europe, les discussions sur le vol habité – VAC et MPCV, les deux options étudiées pour l’après ATV – ne se passent pas bien. Les Allemands seraient furieux de l’extrémisme des positions françaises qui ne jureraient que par le MPVC. Or, les cinq ATV couvrent la participation à l’ISS jusque 2017 et, sans accord au sein de l’ESA, celle-ci se retirera alors de l’ISS et arrêtera tout projet de vol habité, commun ou autonome.

Dans cette ambiance de fête, il en est encore pour défendre l’envoi d’Hommes dans l’espace, au-delà de l’orbite terrestre basse. Parmi eux, le Dr. Ian A. Crawford, professeur de sciences planétaires au Birkbeck College de Londres. Et pour la peine, celui-ci abat à coups de massue le mythe de l’efficacité des sondes robotiques dans un article publié dans le journal Astronomy and Geophysics. Pour M. Crawford, les humains sont tout d’abord meilleurs dans le travail géologique in situ qui donne sa valeur aux expéditions scientifiques : ils sont plus rapides et polyvalents que la plus avancée des sondes autonomes. Les robots Spirit et Opportunity ont certes bien travaillé sur Mars, mais les kilomètres qu’ils ont avalé en huit ans étaient couverts en trois jours sur la Lune par les astronautes des missions Apollo.

Ian A. Crawford pointe également du doigt le coût de ces sondes, supposé moins élevé. Après tout, elles n’emportent ni réserves d’oxygène, ni nourriture. Mais le coût et le temps passé à développer des engins de plus en plus intelligents et autonomes va finir par peser tout autant sur les budgets, au détriment de la science.

Même Steve Squyres, l’un des responsables du programme de rovers Spirit et Opportunity admettait dans son livre « Roving Mars » les limites de ses robots :

The unfortunate truth is that most things our rovers can do in a perfect sol [a martian day] a human explorer could do in less than a minute.

Crawford compare également le nombre de publications scientifiques ayant suivi les missions robotisées à celles ayant succédé au programme Apollo, habité.

En bleu, la courbe des publications ayant pour objet les retour d'échantilons lunaires des missions ApolloIl existe, certes, un projet de sonde robotique devant rapporter des échantillons martiens sur Terre, mais que valent, en terme scientifiques, quelques grains de poussière martienne, comparés aux 382 kg de roche lunaire ramenés de six sites différents ?

Ian A. Crawford en est convaincu : en voulant réduire les coûts de leurs missions, les responsables de missions robotiques se tirent une balle dans le pied.

« Humans bring a net benefit to space exploration that, in my opinion, outweighs the costs, »

Des douze astronautes ayant foulé le pied de la surface lunaire, seul le géologue Jack Schmitt était un scientifique. Pourtant, comme le souligne l’astronaute Richard Garriott, il a permis à lui seul au programme Apollo d’accumuler plus de connaissances sur notre satellite que toutes les sondes qui l’avaient précédé.

Plus loin, Richard Garriott estime que le coût vol spatial habité devrait être divisé par 10, voire par 100, lors des prochaines décennies. De quoi le rendre plus compétitif que jamais face aux sondes robotisées.

Toutes les missions habitées de la NASA depuis sa création

Pour aller plus loin :
Science & Human exploration, together at last, sur The Space Review, par Jack Burns, professeur et vice-président émerite à l’Université du Colorado, Boulder.
– Le coup de gueule de Robert Zubrin contre les choix de l’administration Obama en matière d’exploration de Mars
– « Is this the beginning of the end, or the end of the beginning, of deep space human spaceflight?« , sur The Space Review

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