La Lune, Mars, et après ?

La Lune et Mars seront les deux premiers corps du système solaire habités par des humains. Il n’y a guère de débat là-dessus. Mais une fois la Lune transformée en paradis pour randonneur et Mars en terre d’asile, quels mondes iront-nous explorer et coloniser ? Un astéroïde géocroiseur, comme le prévoyait encore récemment la NASA ? Descendre au chaud du côté de Vénus ou Mercure, partir se perdre dans la ceinture d’astéroïdes ou monter se geler autour des géantes gazeuses ?

La Lune aiguise déjà l’appétit des futurs tours-opérators de l’espace. Avec de la chance, elle accueillera d’ici 50 ans, outre des touristes en mal de sensations fortes, la plupart des industries polluantes terriennes et suffisamment de retraités en quête d’une moindre gravité pour sauver nos systèmes par répartition. Après tout, notre satellite est une destination naturelle pour l’exploration spatiale : c’est un peu la banlieue proche de la Terre, le dernier continent à n’avoir pas encore été exploré par l’Homme (la surface totale de la Lune est comprise entre celle de l’Afrique et celle de l’Asie). C’est surtout pour certains un véritable El Dorado qui possède les ressources indispensables à l’établissement d’une civilisation pan-solaire.

Quant à Mars, les grandes lignes du projet qui mènera l’humanité à conquérir Mars sont déjà connues. On sait même déjà à quoi ressemblera les vaisseaux qui assureront les navettes. Sa ressemblance avec la Terre et la possibilité d’y découvrir une vie passée ou présente en font naturellement une destination prioritaire.

Laissons donc de côté notre sélène voisine et la planète rouge. Une fois ces deux mondes habités, il restera 81 mondes à explorer dans le système solaire. Où commencer ? La ceinture d’astéroïdes, source quasi infinie de matières premières, devrait être la suite logique de la conquête de Mars. Son exploitation permettrait notamment de subvenir aux ressources des habitants de la planète rouge sans avoir à les faire parvenir depuis la Terre. Dès lors, il serait intéressant de cocher le plus gros en premier, l’astéroïde Cérès, et d’en faire le principal point de chute de la Ceinture. A très long terme, cette planète naine pourrait même devenir le point stratégique le plus important du système solaire, entre le système solaire interne et le système solaire externe.

En théorie, les ressources dont disposent la ceinture d’astéroïdes devraient suffire à faire vivre les économies terrienne, lunaire et martienne pendant longtemps. Mais les  richesses que représentent les géantes gazeuses, à commencer par le système jovien, pourraient à leur tour représenter un intérêt économique ou attirer les colons. Il faut dire que les nombreuses lunes tournant autour de Jupiter et de Saturne en font des systèmes solaires en miniature qui seront probablement assez riches et auto-suffisants. Autour de Jupiter et Saturne gravitent des mondes plus grands que la Lune ou Mars. Callisto, Ganymède ou Titan pourraient devenir les nouveaux cœurs économiques du système solaire.

Quelle est la lune la plus cool du système solaire ? Un tableau pour choisir votre destination

Quelle est la lune la plus cool du système solaire ? Un tableau pour choisir votre destination

En dehors de ces six mondes – Lune, Mars, Cérès, Ganymède, Callisto et Titan, les autres corps du système solaire resteront probablement à jamais vides d’habitants ou presque. Mercure à cause de sa proximité avec le Soleil et Vénus à cause des conditions qui règnent à sa surface. Les satellites situés au sein des « ceintures de radiation » de Jupiter – Io, Europe – et de Saturne – Mimas, Encélade, Téthys, Dioné et Rhéa – pourraient également rester à jamais vides. Enfin, les environs d’Uranus ou de Neptune seront sans doute visités sans être colonisés, en raison de leur éloignement.

PS : Petit conseil de lecture : la série de romans du « Grand Tour » de Ben Bova, qui décrit étape par étape la conquête du système solaire par l’humanité par le biais de ses implications économiques et sociétales.

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Exploration du système solaire : le temps du recyclage

L’essor du secteur privé auquel on a assisté en 2012 a des effets ambivalents sur l’exploration spatiale et sur la stratégie des différentes agences : il les oblige à réagir à cette nouvelle forme de concurrence, mais il leur permet en même temps de se désengager de certaines tâches pour se concentrer sur d’autres.

Si le secteur spatial privé n’a pas encore prouvé grand chose, 2012 aura au moins été l’année de son décollage médiatique. L’entreprise SpaceX a lancé sa première capsule « Dragon » vers la Stations Spatiale Internationale. Puis, tour à tour, des initiatives plus ou moins sérieuses nous ont promis successivement les richesses minières des astéroïdes, Mars puis, début décembre, la Lune avec, à chaque fois, un plan de communication bien huilé visant à attirer de fortunés investisseurs.

Dans le même temps, les agences spatiales, au premier rang desquelles la NASA, subissaient le contrecoup de choix budgétaires et de la crise économique. Difficile de rivaliser quand les autres promettent la Lune et Mars devant les médias du monde entier alors que vous n’avez pas l’ombre d’un plan pour retourner sur la Lune et que vous ne prévoyez pas de décrocher Mars avant les années 2030, voire 2040. Heureusement que les exploits du robot Curiosity sont venus souligner le travail exceptionnel mené par la NASA et ses partenaires, notamment européens, montrant que l’exploration spatiale menée par les agences a encore de l’avenir.

Les nouveaux mots d’ordre : exploiter l’existant et recycler

Face à cette montée en puissance, du secteur privé, la NASA est donc capable du meilleur. Elle a ainsi décidé de jouer la bonne carte, celle de la complémentarité : au privé d’assurer le rôle de taxi vers l’orbite terrestre basse ; à l’agence de mener l’exploration de l’espace situé au-delà. Cela tombe bien, c’est la mission que la NASA a reçu du président Obama : explorer un astéroïde et envoyer un équipage habité vers Mars dans les années 2030.

Pour y arriver, la NASA a compris qu’elle devrait partir de l’existant. Or, aujourd’hui, l’existant se résume presque à une seule chose : la Station spatiale internationale. Pour les entraîner aux vols de longue durée au-delà de l’orbite terrestre, elle a donc prévu d’envoyer ses prochains astronautes passer plus d’un an sur ISS.

L2Au-delà d’expériences menées en son sein, on découvre qu’ISS est au cœur du plan d’exploration de la NASA. En délestant ISS de certains de ses modules, la NASA voudrait les recycler pour construire toute une architecture d’exploration composée d’une sorte de mini-station affectée au point de Lagrange L2, derrière la face cachée de la Lune. A cet endroit, les gravités combinées de la Terre et de la Lune créent un point d’équilibre qui permettrait aux ingénieurs de la NASA de positionner la station de manière fixe avec une utilisation de carburant minimale pour la maintenir en place.

Les coûts d’un tel avant-poste pourraient être réduits par l’utilisation de modules issu d’ISS et d’autres fournis par différentes agences spatiales.

Cette station serait à la fois un poste d’observation, de pilotage d’engins robotisés, de « garage » pour vaisseaux spatiaux. Elle pourrait aussi servir à l’entraînement des astronautes aux séjours de longue durée dans l’espace. Mais elle pourrait aussi faire office de « pas de tir flottant » afin de lancer des missions vers des astéroïdes géocroiseurs, Mars et ses lunes ou d’autres corps du système solaire. Ainsi, des ingénieurs du Marshall Space Flight Center au Texas  réfléchissent à l’utilisation de modules d’ISS, là aussi, mais pour en faire un vaisseau interplanétaire réutilisable (DSH, « Deep Space Habitat« ) qui n’aurait pas besoin d’être lancé depuis la Terre ni de jamais y retourner.

Un « Deep Space Habitat » dérivé d’ISS pour une mission de 500 jours…

… et une vue d’intérieur.

Avant de servir de poste avancé de la conquête du système solaire, la station pourra permettre d’organiser des expéditions robotisées ou habitées à la surface de la Lune. Et, pour cela, la NASA compterait sur le matériel – notamment les atterrisseurs – fournis par l’entreprise Golden Spike. Celle-là même qui vient juste de dévoiler son programme de séjour sur le sol lunaire. Parmi les étapes suivantes : la construction de bases habitées sur la Lune, puis une station sur Photos, l’une des deux lunes de Mars.

Ce qui est frappant, c’est que la NASA élabore ce plan dans une certaine discrétion, comparé au bruit médiatique que provoquent les récentes initiatives privées. Pourtant, cette vision, chère à Buzz Aldrin, pourrait nous mener à quelque chose d’important dans l’histoire de l’exploration spatiale : la construction de toute l’infrastructure nécessaire à un système de transport à l’échelle du système solaire.

« Big rockets to nowhere » : des mastodontes sans but

Ce plan est en effet séduisant mais les choix d’infrastructure pour le mener à bien sont loin de n’avoir que des amateurs, notamment au sein de la prestigieuse Space Review (lire le très long mais passionnant « The cislunar gate with no gate« ). L’un de ses principaux défauts est le système de lancement auquel il est adossé et qui, pour certains observateurs, représente ce que la NASA peut faire de pire. Le Space Launch System (SLS) a pour première mission de lancer la future capsule habitée Orion. Vers où ? Pas vers la Lune, cela a été abandonné et laissé au secteur privé. Pas vers un astéroïde, ni vers Mars, en tout cas pour l’instant. Aucune destination crédible et qui ne soit pas hors d’atteinte n’a pour l’instant été identifiée ce qui faut au SLS le surnom de « Big rocket to nowhere ».

Certains dont la Space Review soupçonnent donc la NASA d’avoir conçu ce plan de station à L2 uniquement pour donner un but à SLS et à Orion. Or, avec le SLS, envoyer régulièrement des relèves d’équipages au point L2 coûterait beaucoup plus cher que de se contenter d’un équipage similaire basé sur ISS, en orbite terrestre (voir “The SLS: too expensive for exploration?”). Pire : le SLS ne pourrait être lancé plus d’une fois par an. Pour la Space Review, c’est un exemple classique de la capacité de la NASA a « mettre la charrue avant les boeufs » – autrement dit, concevoir des plans géniaux soutenus par des choix absurdes. Surtout qu’en même temps, le secteur privé s’apprête à lancer sur le marché de gros lanceurs mais également des fusées entièrement réutilisables sur lesquels la NASA aurait pu se reposer au lieu de construire son propre système.

Au lieu de ça, le Sénat américain affecte des milliards de dollars à un système de lanceurs lourds qui auraient pu être affectés à d’autres parties du projet qui, elles, ont été délaissées, comme des dépôts de carburant dans l’espace ou les vaisseaux réutilisables du type « Deep Space Habitat » vu ci-dessus. Mais la création de dépôts de carburant dans l’espace où les vaisseaux pourraient venir faire le plein sans jamais avoir à redescendre sur Terre dispenserait d’avoir à lancer de grosses fusées depuis le sol. Mais un tel schéma, pourtant plus séduisant et moins onéreux, est contraire à l’esprit du SLS qui est soutenu par le Sénat américain à cause des emplois qu’il permettrait de préserver.

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Plus sûre, plus maniable, moins chère : la combinaison spatiale de demain

Les combinaisons spatiales d’aujourd’hui n’ont déjà plus grand chose à voir avec celles du début de la conquête spatiale et la prochaine génération est en préparation. Ces nouveaux prototypes sont déjà plus protecteurs, plus maniables et plus abordables. Mais le récent saut de 39 km d’altitude de Félix Baumgartner pourrait également révolutionner la combinaison spatiale.

Des combinaisons qui vous sauvent la vie en cas d’évacuation

Félix Baumgartner n’a pas sauté d’assez haut – « que » de 39 000 mètres – pour mériter le titre d’astronaute. Pourtant, son exploit pourrait, un jour, aider à sauver les vies de passagers de vaisseaux spatiaux et éviter des catastrophes. Pour les ingénieurs chargés de trouver des solutions d’évacuation pour engins et stations spatiaux, les records de Baumgartner fournissent tout un tas d’informations que les astronautes pourraient utiliser afin d’augmenter leurs chances de survie en cas de pépin.

Felix Baumgartner

La combinaison de Félix Baumgartner a beaucoup en commun avec les tenues pressurisées que les astronautes portent, mais elle diffère d’elles sur un point crucial et qui lui a peut-être sauvé la vie : sa maniabilité, qui lui a permis de se stabiliser en vol et, donc, de ne pas perdre connaissance. Photo : Red Bull Stratos/Associated Press

Des combinaisons qui vous empêchent de « fondre »

BioSuit

Si la BioSuit se déchire, elle peut maintenir la pression générale et vous sauver la vie.

Une vie sédentaire n’est pas le seul moyen de se retrouver avec des os friables et des muscles atrophiés. Aller dans l’espace provoque les mêmes effets : la microgravité que les astronautes connaissent dans les stations spatiales, provoque une perte d’1 % de masse osseuse par mois. Sans faire d’exercices, les astronautes perdent également de la masse musculaire et, donc, de la force, surtout dans les jambes. Des chercheurs on déjà conçu des combinaisons qui imitent la façon dont la gravité exerce de la pression sur nos membres pour contrer les dommages causés par l’espace à nos corps. D’autres comme le professeur Dava Newman, tentent de concevoir des « Biosuits » plus légères et maniables que les énormes scaphandres actuels à l’aide de nouveaux polymères qui permettraient de remplacer l’antique système à air comprimé.

Une autre piste serait de concevoir des combinaisons qui simulent… le ronronnement des chats, puisque ce ronronnement leur servirait apparemment à guérir plus vite de leurs blessures et à renforcer leur densité osseuse. En effet, leurs os réagissent à la pression causée par les vibrations du ronronnement en devenant plus résistants. Grâce à cela, ils peuvent garder os, muscles et tendons fermes malgré leur temps passé à faire la sieste. Soumettre les astronautes à une vibration constante analogue pousseraient leurs os à se renforcer. Reste à expliquer aux astronautes qu’ils devront s’habiller de combinaisons vibrantes ! A défaut, les astronautes pourront compter sur les concepts d’exosquelettes actuellement en développement pour maintenir leurs muscles en activité ou réapprendre à marcher une fois de retour sur Terre.

Des combinaisons qui permettent d’explorer des mondes

Z-1

La Z-1 est polyvalente. Elle vous permet même de vous prendre pour Buzz l’éclair !

Outre les combinaisons destinée à évoluer dans le vide spatial ou dans un espace pressurisé, de nouvelles tenues sont en cours de test en vue de leur utilisation sur la surface d’autres corps du système solaire dont la Lune et Mars. Ces tenues doivent répondre à plusieurs contraintes :
– Elles ne doivent pas prendre trop de place dans les minuscules modules de vies où vivront les explorateurs ;
– Elles doivent pouvoir s’enfiler facilement ;
– Elles doivent permettre d’évoluer facilement à la surface, sans risques de chute ou pour la santé.

Pour répondre à ce cahier des charges, la NASA a récemment lancé un nouveau prototype, le Z-1. Comme l’agence américaine ne sait pas où envoyer ses astronautes – la Lune, Mars ou des astéroïdes – elle a conçu une combinaison polyvalente. Pour garder de la place dans l’habitacle, les combinaisons seront accrochées sur les parois de l’habitacle et s’enfileront très facilement, par une sorte de trappe située dans le dos de la tenue.

Des combinaisons qui ne coûtent pas un bras

Dans les années qui viennent les vols habités lancés par des compagnies privées vont se multiplier. Pour répondre à la demande en matériel, des startups telles que Final Frontier Design voient le jour. Leur credo est de proposer des tenues abordables tout en répondant aux critères de sécurité édictés par les agences spatiales.

La combinaison de Final Frontier Design se gonfle en quelques minutes

La combinaison de Final Frontier Design se gonfle en quelques minutes

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Non-histoires de la conquête du système solaire : les missions de papier

Des missions Apollo 18, 19 et 20 dans les années 70. Une mission habitée vers Mars dans les années 80. Une navette spatiale européenne dans les années 90. Un programme américain de retour sur la Lune dans les années 2000. Ces missions et ces programmes ont tous existé. Sur le papier.

Récemment, un journaliste américain est parvenu à remettre la main sur un graphique ultra-détaillé, élaboré par Rockwell international en 1989. Ce document est un guide d’exploration du système solaire et au-delà. Un véritable mode d’emploi de la conquête du cosmos. Mais aussi un cruel témoignage de ce que n’a pas été la conquête spatiale.

Ce « Plan spatial intégré » a été récemment été retrouvé par Seal Ragan de Make Magazine qui l’avait repéré deux décennies plus tôt sous la forme d’un poster dans le bureau d’un employé du conglomérat Rockwell International. Parmi les étapes mentionnées, quelques nom connus : Hubble, Cassini, Station spatiale internationale, Ariane 5. Mais d’autres paraissent aujourd’hui totalement farfelus ou en totale contradiction avec l’histoire telle que nous la connaissons :
– « Phobos sample return », vers 2003 ;
– Atterrisseur lunaire habité vers 2007 et base lunaire en 2008 ;
– Une université spatiale internationale vers 2007 ;
– « Venus sample return », vers 2008 ;
– Observatoire astronomique sur la face cachée de la Lune en 2018 ;
– Mission habitée vers Mars en 2021, base autonome en 2036. Début de la terraformation en 2042 ;
– Survol habité de Vénus en 2030 et station orbitale en 2034 ;
– Exploration humaine de Saturne en 2049 ;

Au regard de ce plan, le programme des principales puissances spatiales actuelles est donc bloqué en 1993. En fait, l’histoire de la conquête spatiale est pavée de plans et de programmes qui n’ont jamais vu le jour. Ils font le bonheur des livres de SF – l’un des plus réussis étant Voyage de Stephen Baxter. Ils font également l’objet du blog « Beyond Apollo » de David S.F. Portree, spécifiquement dédié aux missions qui n’ont jamais vu le jour et aux possibles histoires alternatives de la conquête spatiale.

– Télécharger le Plan de Rockwell International :
Integrated Space Plan (Preliminary) (.PNG)
Integrated Space Plan (Preliminary) (.PDF)
Histoire alternative de la conquête spatiale, par David S.F. Portree

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Base lunaire, mode d’emploi

La NASA n’a jamais été aussi loin de retourner sur la Lune, sans parler d’autres agences spatiales. Et pourtant, une base lunaire n’a jamais été aussi proche de la réalité. Quelques conseils à destination des futurs colons.

[View the story « Base lunaire, mode d’emploi » on Storify]

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Les astéroïdes, matière première de la conquête du système solaire

Eau, platinum et autres minerais, terres rares… Il y a quelques mois, le consortium Planetary Resources promettait la conquête des astéroïdes et leur exploitation minière. Le projet présenté fin avril 2012 et soutenu par James Cameron et les dirigeants de Google, faisait penser à un film de science-fiction. Fin août, il recevait ses premiers fonds russes. Planetary Resources est-il une grosse arnaque, ou juste en train de nous ouvrir les portes du système solaire ?

Le carburant de la conquête du Système solaire

Une colonie spatiale ne peut être auto-suffisante. Plus largement, toute économie à l’échelle du système solaire basée sur des ressources prélevées sur Terre serait condamnée. Pour autant, il serait hors de question de ponctionner les ressources d’une planète déjà asphyxiée par l’appétit vorace de ses habitants pour alimenter des colonies spatiales, quand bien même les coûts de mise en orbite baisseraient spectaculairement. Surtout quand un trésor d’une valeur inestimable vous tend les bras, dans tout le système solaire interne et plus particulièrement à mi-chemin entre Mars et Jupiter, dans la ceinture d’astéroïdes.

Crédit : Planetary Resources Ltd

Les astéroïdes sont principalement composés de roche et de métal. Ils peuvent faire de quelques mètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Ce sont les restes d’une planète « ratée » ayant pris la forme d’une ceinture tournant autour du Soleil entre Mars et Jupiter. Mais certains de ces restes orbitent un peu partout dans le système solaire, y compris près de la Terre. de longueur.  Ce sont ces « objets géocroiseurs » que Planetary Resources rêve d’aller cueillir. Parce qu’il y a un paquet d’argent à la clé, bien sûr, mais aussi parce que c’est le seul moyen pour l’humanité de vivre durablement dans l’espace en préservant la Terre.

« Near-Earth asteroids really are the low-hanging fruit of the solar system.” Eric Anderson, co-fondateur de Planetary Resources.

Un doux rêve ?

Mais ne rêvons pas : d’une part, à moins de construire un jour un ascenseur spatial, l’exploitation minière des astéroïdes ne servira jamais à résoudre la crise énergétique qui sévit sur Terre. L’espoir se situe plutôt dans des solutions du type de l’énergie solaire spatiale.

D’autre part, la rentabilité et la faisabilité même de l’exploitation minière d’un astéroïde sont encore à prouver. La difficulté d’une telle entreprise (ici dans le cas du platine) pourrait en effet décourager plus d’un investisseur.

La tactique des sauts de puce

Peter Diamandis – Getty Images

Si Planet Resources avait été la première startup venue, le projet mis en avant aurait pu faire sourire. Mais quand la liste des invités à bord compte des ex-ingénieurs de la NASA, les dirigeants de Google dont Larry Page, James Cameron et Peter Diamandis, le fondateur de la X-Prize Foundation, on se sent obligé de tendre l’oreille. Phil Plaits explique sur son blog « Bad Astronomy » comment il s’est laissé convaincre par l’aventure proposée.

Dans une interview accordée à Slate, Chris Lewicki détaille les étapes envisagées par Planetary Resources avant de finir par exploiter les richesses d’un astéroïde. Le consortium prévoit d’abord de petites missions à l’ambition modeste : construction de télescopes pour détecter les cibles potentielles, envoi d’une sonde vers un astéroïde géocroiseur, retour d’échantillons : au fil du temps, l’importance et le coût de ces missions est amené à augmenter, sans jamais perdre de vue l’objectif final du programme : s’assurer de l’existence des ressources indispensables à la présence permanente de l’Homme dans l’espace.

Les étapes suivantes du programme de Planetary Resources incluent la recherche par des robots d’éléments dits « volatiles », indispensables à la survie de colonies spatiales : eau, oxygène, azote. D’ici 2020, Planetary Resources espère vendre des stations de ravitaillement placées en orbite terrestre basse ou à des trajectoires clés les amenant régulièrement à s’approcher de la Terre. Ils contiendraient notamment de l’eau qui, séparée en oxygène et hydrogène liquide, fournirait du carburant pour vaisseaux spatiaux. L’eau est en effet un élément lourd et incompressible, très difficile à lancer depuis la surface terrestre.

Les robots chercheront ensuite des matériaux plus lourds : les fameuses terres rares, que l’ont utilise aujourd’hui dans nos batteries, l’électronique de pointe et le secteur médical et des métaux du groupe du platine (ruthenium, rhodium, palladium, osmium, iridium et, donc, le platine).

A terme, il sera possible, pour certains astéroïdes, de se passer du voyage. Une étude récente du Keck Institute for Space Studies (KISS) montre qu’il serait parfaitement possible, en utilisant des technologies existantes, de ramener un astéroïde vers l’orbite terrestre et d’en exploiter les ressources sans avoir à y envoyer une coûteuse expédition, habitée ou non.

Un astéroïde riche en platine d’un diamètre de 500m peut contenir l’équivalent de tous les platinoïdes extraits depuis le début de l’humanité. Source : nasa.gov

Économiquement viable ? Suivez l’argent

« Les investisseurs ne prennent pas leur décision à partir d’un business plan ou d’un retour sur investissement. Leur décision repose sur notre vision ». Chris Lewicki, ex-ingénieur de la NASA.

Le caractère extrêmement progressif du programme de Planetary Resources implique qu’il n’aura pas besoin d’investissements énormes pour démarrer, et c’est un atout aux yeux des investisseurs. Malgré cela, depuis la présentation de ce programme en avril dernier, certains doutent de la faisabilité de l’aventure, de sa rentabilité, quand ils ne vont pas jusqu’à douter de sa légalité.

Ils auraient du se demander pourquoi des dirigeants de Google, Larry Page et Eric Schmidt, se lançaient à corps perdu dans l’aventure. A leur yeux , la création d’un économie « outre-planète » est un projet non seulement réalisable avec des moyens adéquats mais aussi nécessaire. Depuis, des milliardaires ont rejoint le bateau dont un « top 10 » de l’industrie minière. A ceux-ci sont venus s’ajouter fin août 2012, des investisseurs russes. Ces derniers étaient peut-être allés se promener sur asterank.com, un site qui recense la valeur de quelque 580 000 astéroïdes du système solaire en fonction de leur composition.

L’argent, donc, coule à flots. Et côté ressources humaines, on se dégonfle ou ça se bouscule à la porte ? Là aussi, Planetary Resources a des problèmes de riche : moins de trois semaines après le lancement du projet, l’entreprise a annoncé qu’elle cherchait quelques personnes qualifiées. Les RH ont reçu des milliers de candidatures et ont du fermer le recrutement. Mineur d’astéroïdes, un vrai job d’avenir.

Pour aller plus loin

Étude de faisabilité d’une mission habitée vers un astéroïde, sur le site nasaspaceflight.com

– Exploiter un astéroïde : les grandes étapes, sur PopularMechanics et une infographie complète sur Space.com :

Source : Karl Tate / Space.com

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« Terraform » : Curiosity finira-t-il un jour sous l’eau ?

Réalisé par des étudiants d’ArtFx (une école d’effets spéciaux numériques et cinéma d’animation 3D), Terraform est un court-métrage qui reprend les étapes de la terraformation de Mars.

Tout y est : on y voit d’abord des sondes arriver sur la planète Rouge d’une manière moins subtile que Curiosity ne doit le faire ce lundi 6 août. De véritables mini-usines relâchent des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et, 400 ans plus tard, une chaleur et une pression suffisantes permettent à l’eau de commencer à perler sur les roches, pour finir par transformer les plaines martiennes en océans.

Les Hommes peuvent alors investir la planète et évoluer à la surface en se contentant de masques à oxygène comme seul équipement de survie.

Cette petite merveille de réalisme est l’œuvre d’Arthur Bayard, Guillaume Dadaglio, Félicien Daros, Vincent Glaize et Thomas Nivet :

Espérons que les géo-ingénieurs du futur prendront soin de sauver Curiosity des eaux, car il y a des chances pour que le cratère Gale, son site d’atterrissage, finisse sous le niveau de la mer. En attendant, si vous voulez suivre l’amarsissage en douceur de Curiosity, demain 6 août à 7h31, rendez-vous sur le site du CNES.

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